Mercredi 5 mai 2010 3 05 /05 /Mai /2010 11:41

Je ne comprends pas, plus je la fréquente, cette envie d'être star à tout prix.

Car ce n'est pas seulement l'affirmation de l'identité qu'on voit partout, sur le net ou ailleurs. Ce n'est pas seulement partager sa dernière vidéo pour la montrer à ses potes. Ce n'est pas seulement poser "sur le papier" numérique ce qu'on a fait.

Ce n'est pas seulement faire oeuvre de témoignage, or whatever.

C'est la quête sempiternelle du quart d'heure de gloire, accéléré encore par l'instantanéité moderne.

C'est la recherche de cette célébrité express, vite acquise, vite perdue. Clic.

 

Je frémis souvent de l'indécence de ces pages. Je ne parle pas que des pervers de chatroulettes, des photos de bites ou des autres obscénités affichées sans sourciller.

L'indécence qui me touche le plus, c'est cette volonté de tout montrer aux amis d'amis d'amis.

Avec les six degrés de séparation, finalement, ça fait du monde.

 

Peut-être suis-je, à ma manière, limité, handicapé, demeuré, autiste. Coupé de ce monde moderne où tout s'affiche.

Tenir un blog, même si je ne le fais plus guère, est peut-être la seule mesure d'impudeur que je peux m'offrir.

 

Plus que la prétention infinie de croire que tout cela vaut pour tout le monde, est intéressant pour tout le monde, c'est finalement l'impudeur qui me gêne,

L'impudeur de toute cette gratuité. Offrir une part de soi, c'est généreux, de mon point de vue. Offrir, donner.

Mais là, dans notre univers individualiste, même la générosité devient égoïste et plus d'une fois, les gens qui "s'offrent" ainsi le fond avec une arrière pensée d'ambition ou de gloire. Mêmes les martyrs, qui sourient dans la douleur et cherchent des yeux la caméra, deviennent un peu suspect. Tous les regards cherchent des objectfs.

Tous ces gens qui partagent en sachant que la gratuité n'existe pas, que tout lien crée une obligation, que ces dons, mêmes inutiles, même sans valeur, devront être payés de retour. Il y a toujours quelque chose à vendre.

Moi, en promotion. Moi, en tournée partout où je passe. Ma vie. mon audimat, mon public fidèle. Mes amis. Mes fans.

La frontière entre "l'amateur" et le professionnel est dans la mise en scène : est-ce que la caméra est allumée?

Toujours, partout, on tourne.

Ils le savent bien.

Ils sont en représentation.

 

Quand tout devient du théâtre, où sont les coulisses?

Rideau.

Dans le silence de sa loge, l'acteur se démaquille, tombe le masque. Il savoure aussi ce repos qu'est l'absence de public.

Et c'est ainsi que les jours passent.

Par XS - Publié dans : + de jours
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