Again and again
Générique rapide.
Lever tôt, France info/ti déj et arrivée, comme Mercredi dernier, au boulot au plus près de 9h... (oui oui, avant 9h20, promis)
Calme des grands espaces vides. Les bureaux à la fraîche sont quasi déserts.
Idéal pour se poser et se faire un petit thé. Puis "bonjour" "bonjour" un par un.
Brief avec MarL. Elle pige vite. Vivement qu'elle soit là à plein temps pour gérer le projet. Pas avant Juillet en fait. Je sens que je vais détester Juin (ou pas). Plein d'allant, on planifie en tout cas notre réu hebdomadaire pour 14h30.
Puis surprise, in extremis avant mon départ pour déjeuner : on a vendu des jeux et on me l'avait pas dit. Il faut les éléments marketing en 5 langues pour Vendredi.
Mais rejouons plutôt la scène au ralenti...
Moi : Les éléments marketing?
Lui : Les éléments marketing.
Moi : Pour Vendredi?
Lui : Pour Vendredi.
Moi : Ce Vendredi?
Lui : Ce Vendredi.
Moi : En 5 langues?
Lui : En 5 langues.
Moi : Pour les 3 jeux?
Lui : Pour les 3 jeux.
Moi (essayant de botter en touche) : Mais quels éléments marketing?
Lui (machiavélique) : Je t'envoie un fichier avec la version anglaise.
Moi (en déroute) : Mais pour Vendredi là, c'est pas possible.
Lui (estocade finale) : Ben on peut repousser jusqu'à Lundi si nécessaire.
Rideau
Super. Ça m'apprendra à vouloir gérer des trucs qui n'entrent pas dans mes fonctions normalement.
Je me revois encore : "Oh comme c'est moi qui fait la version de base du glossaire, je crois que je vais prendre en charge la localisation et les contacts avec les traducteurs..." Quel con parfois quand même. Surtout qu'on m'avait rien demandé. Enfin bon bref. Petite demande de devis par mail avant de partir.
Long travelling, caméra sur l'épaule. On glisse (en métro, puis en courant, hop déé hop déé hop déé) jusqu'à la terrasse du Pub St Hilaire. Montagne Ste Geneviève, soleil. En bonne compagnie. MneC, Flu, Emi et CouG. Unis au cidre (enfin, à une blanche pression près). Nonobstant quelques moucherons facétieux (mais nutritifs), tout se passe sans encombre. On papote un peu. On reprend contact. On dévore. On souffle... La vie quoi. Celle que j'aime avec ceux que j'aime. Et en plus sur cette terre qui m'a fait, qui m'a porté tant et tant. Ah! J'en frémis.
L'estomac plein, les yeux dans le lointain, je réalise à quel point le temps passe vite quand on a envie de ne rien faire. Mais là bon, c'est quand même moi qui ait prévu la réunion de 14h30. Personne n'a vraiment envie de la faire et si je n'y vais pas, 4 collègues vont me détester furieusement (ou pas). On se promet une soirée Vodkaramel le 18. Yip ça roule. J'essaie de gagner du temps mais l'heure tourne moins vite que je ne l'oublie. Bref, je laisse mon dû et abandonne mes camarades sans trop me retourner. Après tout, c'est pas parce que je dois m'éclipser que eux ne doivent pas profiter de la table, du soleil et du ventilo-brumatiseur...
Cut.
14h26, je suis devant mon ordi. Bloc note ready. Stylo ready. Timeline ready. Une grande inspiration et on y go.
DaAl est trop pris pour se joindre à nous, mais il écoute d'une oreille distraite pas loin. DevT a bien avancé et NanA, très pro, est largement en avance (j'en viens presque à croire qu'on va tenir la deadline). Heureusement, DevF est complètement bloqué, ce qui fait une bonne moyenne. Je débriefe rapide avec MarL qui enverra quelques questions à InfC. The future is bright comme dirait l'autre. Franchement, pendant un vague moment, je me laisse porter par un rêve made in "executive life" et je crois que le projet n'est pas une catastrophe en gestation. J'oublie qu'on fonce dans le mur. J'oublie le gouffre.
Mais le gouffre, lui, ne m'a pas quitté des yeux.
Petit flashback : Il m'était arrivé un truc du même genre quand j'étais petit : j'étais à la mer. Baignade. Gros temps. Et je voulais rentrer. J'étais petiot, avec une bouée pour minimiser les risques. Et arrivé sur le bord, les vagues me faisaient monter et descendre comme un bouchon. Je luttais. Je parvins enfin à poser un pied, puis deux sur le rivage. Le reflux tirait sur ma bouée. Le sol instable se dérobait. Une fois, deux fois, je m'approchais sans réussir à m'extraire de l'eau. La troisième fois sembla être la bonne. Une éclaircie. Oui, un espoir. j'étais tiré d'affaire... Et tant mieux, car je commençais sérieusement à fatiguer. Mes orteils s'arqueboutaient. Je lançais mon poids en avant. L'eau décrut juste au bon moment. Oui, j'étais sorti d'affaire. Ou pas. Car l'eau qui recule finit toujours par revenir. Une grosse vague s'abattit sur moi, haut comme trois pommes. Et me happa dans les flots. Un vrai rouleau. La bouée, emportée dans le tourbillon, me renversa. Je passai cul par dessus tête Une roulade tête sous l'eau. Un tour complet. Une fois. Je me redressai tant mais le mal était fait. Une autre déferlante me fit perdre l'équilibre. C'était parti pour un autre tour. Rouleau sur rouleau m'envoyaient valser. J'étais à bout de force et je commençais à boire la tasse. Les éléments qui m'avaient laissé croire que je pouvais leur échapper me noyaient lentement. Et je pense que je n'en serai pas sorti tout seul si un brave homme n'écoutant que son courage (et sans doute aussi, mes cris étranglés) ne m'avait pas attrapé par la bouée pour me tirer de ce mauvais pas.
Et là, bon, pareil : grisé par mon fantasme "executive life", je me laissai aller à oublier le danger, l'abyme, un instant. Porté par je ne sais quel élan illusoire, je me disais que tout irait bien. Et la vague pernicieuse se fit une joie de s'abattre sur moi pour m'emporter :
les textes ingame allemands déjà traduits, trop longs, ne rentrent pas dans les écrans de jeux. Les traductions des éléments marketing seront difficilement prêtes à temps. L'interface piétine. Et difficile de déterminer ce que DaAl aura vraiment le temps de boucler avant de partir en vacances (il sera absent toute la semaine prochaine).
Bref, noyade assurée. Et en plus personne ne viendra me sauver cette fois-ci.
Rien n'ira bien. Le gouffre menace, éternel, immuable.
Mais bon, m'en fous.
C'est allègrement que je plante tout à 18h pétantes pour aller retrouver, pour la dernière fois, Madame Li. Deux heures émouvantes donc. Mais surtout très compliquées et intenses. Difficile de croire que l'examen écrit est dans une semaine. Je ne serais pas prêt. Mais qu'importe. Mon moral est inoxydable. Nothing to lose?
Cut
On reprend chez PirW. Avec Flu, on mate les 3 premiers épisodes de la Saison 3 de West Wing. Consternation. Le premier épisode est un "hors-série" spécial 11 Septembre. Avec une bonne leçon genre "le terrorisme pour les nuls'". Oui, de l'explicatif, oui, de la pseudo-profondeur sans trop sombrer dans l'absolu patriotisme. OK, on a vu pire, mais quand même, on a un peu l'impression qu'on nous prend pour des cons. Mais bon, ça doit être une réaction d'européen anti-américain j'imagine. Bref. Et puis les épisodes suivants, heureusement, nous remettent sur les rails. On apprécie le redémarrage mais pof,c 'est déjà l'heure de rentrer.
Métro. Puis je marche dans la nuit. Mode daydream (ou night dream, je sais pas) enclenché. Je repense à toute ma journée, tout ce que j'ai absorbé et que je dois digérer. En quelques instants (porte de la chapelle, porte d'aubervilliers, il fait bon), je vois trois ou quatre points à aborder, à rédiger. Un truc sur ma logique de progression/accumulation. Et un autre sur le "with or without you", très important. Un autre sur la bouffe je pense. Une note rapide sur le "ou pas" et sur les échanges de vannes du pôle créa... Bref, les idées s'accumulent. S'accumulent. Comme mes livres, c'est le même mouvement.
Mais je n'ai pas le temps de tout dire, non. Pas le temps cette nuit.
Faut que je dorme (ou pas).