Mardi 7 avril 2009
Je ne saurai jamais, c'est sûr, à quel point c'est génial d'être un ado californien friqué dans l'Amérique d'Obama, ni un trader surfant Wall Street avant la crise.
J'ai même raté, si je n'édite pas trop ma mémoire, le coche des MCDLP (mecs cools de la promo).
D'un autre côté, je me console en me disant que je ne serai pas une bergère tamul, ou une paysanne chinoise, ou un guérillero en Amérique du Sud.

Il y a tant de vies qu'on loupe. Qu'on n'effleure même pas. Non, ça ne nous touche pas. On connaît à peine leur appellation, leur titre. A peine leur existence.
Ces milliards de vies passées ou à venir.
Et ces contemporains qu'on ne prendra pas le temps de contempler.

Si on pouvait faire pause (With my freeze ray I will stop the world...), on pourrait prendre le temps de souffler. De penser. De comprendre.
Prendre le peu de distance aux choses qui nous aiderait à mieux saisir la vie.

Mais voilà, non. On ne peut pas. On ne pige pas. On doit se contenter de constater amèrement.
On en garde, dans un aéroport ou dans le métro, la vague sensation que le monde est plus doux pour ceux qui ont la chance d'être au bon endroit au bon moment. On croise ces connards qu'on souhaiterait détester un peu plus ou imiter mieux. Leur vie respire l'aisance, le plaisir, l'insouciance.
Rien ne semble les miner.
On imagine même pas qu'un problème quelconque puisse peser sur eux.
Et on les laisse comme on les trouve, intouchés, exaltés, heureux.
Ils rient d'une blague qu'on n'a pas entendues alors qu'on fonce déjà, entre des foules boiteuses, vers nos tâches angoissées.
Secrètement, on nourrit le voeux que leur inconséquence soit trois fois punie.

Et c'est ainsi que les jours passent.
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Lundi 6 avril 2009
Absolue étrangeté : là Titi appelle sa BFF Jen à plus de sérénité et menace de ne plus adresser la parole à JB s'il continue à draguer Miss Lolo. Ici, c'est F. de l'assoce FnRSuP qui s'extasie (ou s'indigne) devant un truc insupportable (ou génial) arrivé ce week-end.
Partout, les gens ont des trucs énormes à partager.
Bien sûr, oui, on y comprend rien.
On devine vaguement, à peine, que cela a un sens. Que cela compte pour quelqu'un, quelque part.
L'avalanche d'information, ce fracas virtuel, n'émeut plus grand monde au final.
Too much information? Ben c'est surtout "not enough attention".
On a bien autre chose à faire que filtrer tout ça.
Il y a quelques années, encore, on pouvait browser l'essentiel de ce qui nous touchait. Mais maintenant... j'ai comme cette sensation qu'on est passé de l'âge d'or des encyclopédistes, ces savants qui pensaient pouvoir rassembler TOUT le savoir humain, au siècle touffu des experts, où chacun gère au mieux, marketing compris, son domaine réservé, partageant assez pour susciter l'intérêt, mais pas trop pour ne pas être détrôné.
Que vaut le savoir de nos jours? Que vaut le secret?
On lance son intimité au visage d'inconnus tout en revendiquant l'anonymat d'une foule virtuelle. Unique et pourtant fondu dans la masse.
Au final, c'est sans doute la question de l'identité qui revient cruellement quand, en temps de crise, on doit moins s'étendre, moins s'étourdir en distractions, et plus revenir vers soi, plus se demander ce qui compte.
Qui est-on aujourd'hui?
Qui est ce voisin résolument moderne et écolo, mais qui jette ses mégôts par la fenêtre et qui pousse son home cinéma à fond quand ça lui chante? Est-il un altruiste soucieux du bien-être de la planète ou un sale connard d'égoïste qui place son propre plaisir avant tout?
L'individualisme, hélas, n'est pas une identité. Il semble aujourd'hui quasi admis que l'intérêt collectif ne peut se définir que comme la somme des intérêts communs, sans alternative sous peine de voir briser toute coalition par le biais de déviation profitables à certains (de mon point de vue, je dirai que les déviations sont déjà là, il suffit de regarder ce que les plus riches et plus puissants arrivent à tirer du jeu... mais c'est une autre histoire).
Donc l'individualisme est plutôt, à mon avis, un renoncement de l'éthique, une paresse de la vision. Une évidence que l'égoisme moderne est absolu, comme la gravité. Cette loi de la physique, pourtant, devrait nous lier si on poursuit la logique. L'individualisme nous pousse à être ensemble non pas au service d'un intérêt supérieur, mais au service de nos propres petits intérêts. Et en cercles concentriques, en communautés d'intérêts plus ou moins rapprochés, on se réunit pour mieux profiter de tout cela. La société n'offrirait rien de plus.
Pas d'identité autre que la pelure d'oignon des intérêts cumulés.
Mais quoi... ces cercles concentriques de communautés d'intérêts ne suffisent pas à former une identité. Quand bien même on pourrait totalement calculer la "fonction d'utilité" d'une personne, on n'aurait pas tout saisi d'elle. Le modèle, en quelque sorte, tombe à plat.
On avait pourtant espéré, il me semble, prévoir toutes les dimensions de l'humain.
Mais on a perdu un je ne sais quoi. Un truc qui vibre et gratte.
Et sur les blogs, Titi continue à égréner la liste de ses doléances pendant que F. continue à essayer d'attirer l'attention pour fédérer quelques personnes autour d'une cause.


Et c'est ainsi que les jours passent.
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Mardi 31 mars 2009

Mon algèbre

J'apprends à calculer le sens de l'existence
Mais je suis débutant pour tant d'opérations.
Personne ne m'a appris à gérer la constance
Ou même à diviser mon coeur par les passions.

J'intègre tant de gens et leurs noms s'accumulent.
La somme à l'infini ne me rend pas malin...
J'en oublie la moitié et le reste s'annule.
Retour au point zéro : moi moins toi égale un.

De tout ce que je sais, les maths et la physique,
Rien ne m'a préparé à dériver mes choix
En fonction continue dans une vie classique.

Je développe au mieux les hasards qui m'échoient :
Si tu sais projeter mon bonheur sur demain,
On pourrait partager quelques facteurs communs.

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Mardi 31 mars 2009

Tandoori et vodka, seconde prise.

J'ai commencé par une odyssée parisienne, un chemin qui me fait aimer la ville, à pied, malgré le ciel couvert. Quelques conversations chopées au vol, quelques images capturées au passage, des visages, des silhouettes. La ville m'offre ses bâtiments, sa foule. Les touristes s'amusent et m'amusent.
Pyramides, Palais du Louvre, Pont des Arts, Saint Michel, puis arrivée Contrescarpe. Achats en chemin (thé et jdr) puis cocktails à l'arrivée. PirW m'appelle : en retard. Emi m'appelle : Seb en retard. So what? ça arrive... Je suis pas démuni... L'attente me convient. Attendre, attendre, je sais faire. J'en profite même pour finir Fight Club. Je regrette juste qu'il fasse un peu frais. Avec un brin de soleil et quelques degrés de plus, le moment serait vraiment ultime. Mais là, je frissonne. Je repense à ma semaine.

Seb arrive. On papote et boit. On parle un peu de la semaine. De l'avenir aussi. Du boulot quand même. J'avoue que, professionnellement, j'aimerais croire que je suis à un "tournant". Cela dit, rien n'est entre mes mains. Je suis dans un véhicule roulant à tombeau ouvert et sans pilote. Et tout ce que je contrôle, au mieux, ce sont les essuie-glaces. Alors OK, les essuie-glaces, c'est important, mais ça nous sauvera pas. Enfin bon, c'est pas mon boulot le sujet de la réu. On recentre ça sur le rapport entre réalité des bonhommes et quadrillage. Sujet métaphysique s'il en est, surtout après des Blue Lagoon et des Tequila Sunrise... Autant dire que la réu prend une tournure moins professionnelle qu'on aurait pu vouloir. Heureusement, Flu et PirW nous rejoignent et on va manger Au hasard de nos déambulations et de nos délibérations, c'est un restau indien dans lequel nous nous installons.

Puis on enchaine, avec Emi et CouG, sur notre bar "en haut sur la montagne", là où la vodka est au caramel (ou à la menthe). Flu et moi, on gonfle tout le monde avec nos blogs (tant qu'on y est, autant que ça serve à quelque chose). Dans la fumée et la salle bien remplie, l'heure tourne. Coug rentre. On raccompagne Seb et Emi au RER. Restent le trio WW : PirW, Flu et XS. On marche un peu histoire de trouver un point de chute, mais rien ne nous convient : trop de monde, pas assez... Je crois que j'ai mon compte et je m'avoue vaincu. On rentre aux Noctambus. Bon, moi je rentrerais bien à pied mais mes comparses me convainquent que marcher c'est chiant finalement. Et c'est vrai que bon, j'ai déjà donné dans le domaine.
Suivant leurs conseils, j'abandonne donc lâchement mes deux compagnons pour sauter dans le E qui passait là. Il me ramène sur mon territoire. Encore quelques pas. Quelques minutes. Il faut toujours un poil trop froid pour que je profite à fond de l'instant. Cette soirée, ces rues, ces airs dans ma tête. C'est la même chose cent fois. C'est le sillon de l'habitude dans lequel je m'engouffre sans réfléchir, et avec joie même. Ma rue, mon marchand de journaux, mon immeuble, mon étage, ma porte, mes clés, mes chats... En allumant mon ordi, je repense à Tyler Durden et je me demande, secrètement, si mon gourou intérieur n'a pas pris le contrôle de ma vie, pour le meilleur et pour le pire : je porte une force qui me dépasse.

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Mardi 31 mars 2009

I am Joe's Stupid Blog

Chuck Palahniuk est un auteur génial. Je l'ai déjà dit, je l'ai déjà répété, et on m'entendra encore insister longtemps sur ce point je crois.
Et après avoir lu Monstres invisibles, Survivor, Choke et Lullaby, je me suis enfin décidé à attaquer Fight Club, son premier roman.
Alors OK, j'avais déjà vu le film, donc forcément, je ratais la moitié de la surprise, du brio même, du livre. Mais quand même, c'est brillant. Le style est brillant, on retrouve le ton fidèlement repris par le film, avec quelques petits plus qui n'aurait pas été adaptables à l'écran. Le personnage de Marla est encore plus déjanté. Le héros est vraiment complètement "fucked up". Et Tyler Durden est une bombe humaine... L'histoire est racontée brillamment et c'est une lecture savoureuse même quand on connaît la chute du livre (que je me garderais de révéler ici)...

Donc si vous n'avez pas lu Fight Club, arrêtez tout de suite de perdre votre temps avec ce blog débile et faites plutôt un truc bien dans la vie : lisez Chuck Palahniuk.
On vous aura prévenu.

"That old saying, how you always kill the one you love, well, look, it works both ways."

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Mardi 31 mars 2009

Travailler. Ou pas...

Jeudi matin. Je m'éveille épuisé de l'examen de chinois. Non pas épuisé physiquement, même si j'ai dû dormir avec une mauvaise position et que j'ai l'épaule toute courbaturée. Mais épuisé mentalement. Je n'ai plus envie de tenir les rênes de mon existence. j'ai, peut-être, trop exigé de moi ces derniers jours alors jusqu'au week-end, c'est décidé, je me laisse porter.

C'est un renoncement agréable : je ne suis pas né pour vivre dans l'effort. Je n'aime pas m'obliger à aller au-délà de mes limites. La contrainte, parfois, m'aide à me dépasser, mais mon naturel flemmard et mon "laisser-aller" inné reviennent au galop.

Donc Jeudi pas super productif : MarL prend le relai sur le projet Rat Sca et ça me soulage bien. Pas de vraies nouvelles d'InfC anyway. A midi, des nouvelles d'ExF, qui peut pas venir pour le déjeuner. Il aimerait qu'on se voit le soir. Bof, je botte en touche : suis pas assez en forme pour ça (je veux dire nerveusement). Peut-être demain? Lâchement, je sais que ça ne se fera pas, pas vraiment. Mais bon, on s'est compris. On se verra ptet un jour, mais c'est pas pressé. Ouf.

Comme je chatte un peu au bureau et que je pars tôt, la limite entre boulot et maison s'efface un peu. Je chatte avec un blogueur un peu fou, mais très marrant. On se dit qu'on se verra ce WE sans doute. J'aurai voulu un café en terrasse, mais je crains que le temps ne le permettra pas... Tant pis.

Corvée quand même : je parviens à me résoudre à changer la litière des chats. Pfff... Pour me remettre, DVD de Babylon 5. La terre est reconquise. J'ai presque fini la 4ème saison. Va falloir songer à me rationner (mais bon j'ai quand même Band of Brothers en réserve pour tenir)...

Puis appel d'un autre blogueur avec qui j'avais bien chatté Dimanche. On papote pendant au moins 3 heures, sans pouvoir trop décrocher. On se dit 4 fois au revoir, et à chaque fois la conversation redémarre "toute seule". La fatigue qui s'installe est de la bonne fatigue, celle qui me porte dans  les meilleurs moments. Je suis bien. J'ai l'impression que lui aussi. Forcément, oui, j'ai envie qu'on se voit. Il part en WE. Donc plus tard. Mais c'est pas grave car tout ça me semble atemporel anyway. La durée est un bienfait. Le délai fait déjà partie de l'histoire et l'obstacle ajoute une valeur à tout ce qu'il touche... Viendra le temps de la rencontre, quand on pourra, quand il faudra, au moment venu...

Well, oui, j'avais déjà prévu de croiser quelqu'un ce WE, je sais. Mais bon, c'est pas la mort. Je suis pas vraiment dans l'optique "coucherie" ou "boyfriend" à 100%. En fait, je suis dans aucune optique. Je crois qu'il faut laisser les histoires se développer comme elles veulent. Comme par magie, comme une alchimie. Et puis deux rencontres possibles, ça va, quand même : je suis pas  en mode "frénésie". Jene suis pas non plus un "stakhanoviste" de la rencontre, comme dirait l'autre...

Anyway. Couché tard. Vendredi matin. Réveil un peu dur. On recommence une journée tranquille : petit speed quand même côté boulot, puisque demande de dernière minute, plus traduction, plus deadline Rat Sca. Mais la tourmente n'est qu'une bourrasque que je traverse, tête haute, sans problème.

Sushi. Après-midi relax. On papote avec SwiJ, et même avec quelques dévs, la folie quoi. Je chatte, blogue. Ce soir, réu de "semi-boulot" jdr, puis arrosage massif à la vodkaramel. Yum yum!! J'ai hâte. Je pense que c'est le genre de rituel qui me permettra de me "laver" de la fatigue nerveuse, matinée de flemmingite aigüe, que je traîne depuis Mercredi soir. En fait, j'hésite même à partir tôt pour passer m'acheter du thé et des bouquins de jeu de rôle... Consommer me ferait du bien. Oui, en bon petit homme moderne, dépenser des sous pour des trucs dont je crois avoir envie me soulage, me purifie. C'est un rituel infaillible.

Donc là oui, on peut dire que je suis vraiment en massive hésitation existentielle. Trop dure, la vie.

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Mardi 31 mars 2009
Je n'en suis pas, déjà, à faire les bilans.
Mais j'ai l'impression d'approcher de ce moment où je devrais évaluer mon passé. Le jauger, le définir, le trier.
Dire ce qui était bien. Ce qui ne l'était pas.
Et chercher à "finir". Vérifier ce qu'il me reste à faire.

Glauque.

La liste des accomplissements manqués.
La liste de ce que j'aurais voulu, ou dû vouloir en tout cas.

Me pacser. Faire un grand voyage.
Ecrire un livre.
Aider les pauvres.
Recontacter des amis perdus de vue.

Tout ça.

Ben non.
Je ne veux pas finir ma vie.
Même pas si c'est pour "bien finir".
Je ne veux pas d'une belle fin.
Je veux mes jours en plus. Même quand ils sont merdiques.
Même quand je bosse jusqu'à avoir la tête en compote, et que je rentre et qu'il faut faire la vaisselle, les courses, la promenade du chien, tout, et qu'en plus mon homme râle, m'engueule.
Même ces jours qui puent. Même ces jours de merde.
C'est mon histoire aussi. C'est moi.
Usé, las parfois. Mais c'est moi.

Et je ne veux pas faire les choses "pour faire joli" ou pour avoir une belle fin.
Je fais ce qui me vient. En petites lâchetés ou grands gestes. En sales compromissions ou en beaux principes.

Chaque nouveau livre, chaque nouveau concert, chaque nouvelle rencontre, chaque nouvel épisode... tout est surprise, tout est bon à prendre.
Une voiture ou un AVC me faucheront peut-être tout à l'heure. Ou demain. Ou jamais.
Si on croit en l'Absurde absolu, en l'absence de sens, on ne cherche pas une explication, ou une logique, ou une esthétique. On profite. On savoure.

Et oui, en ce moment, on déguste plus qu'on ne savoure. Mais quoi, c'est aussi pour ça qu'on apprécie quand ça va mieux, non?

Et c'est ainsi que les jours passent.
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Mardi 31 mars 2009

L'homme moderne

L'homme moderne est technophile, technophage. Il vit les choses quand elles se passent, et même avant parfois. Il vit au rythme du monde, connecté au bourdonnement incessant des progrès et des incidents.

L'homme moderne n'existe pas en un endroit précis. Il est au moins à moitié dématérialisé : une boite vocale, des comptes internet, des messageries partout. Il habite les objets, il habite le réseau. Il a résolument délocalisé une partie de sa mémoire sur son ordinateur, une partie de ses connaissances sur le web, une partie de sa vie dans des mondes virtuels.

L'homme moderne croit que son corps n'est qu'une interface. Il est extropien ou transhumain, au minimum. Il a un esprit qui peut tellement, un esprit qui le dépasse. L'homme moderne est un boulet à la traîne de ce qu'il pourrait être.

L'homme moderne, il pense beaucoup mais ne fout pas grand chose, au final. Il s'envole dans l'éther, surfe sur l'immatériel, plane sur le spirituel. Il revient parfois nous dispenser ses enseignements et partager ses visions.

L'homme moderne, je crois que tout le monde s'en passerait bien, en fait.

L'homme moderne, s'il pouvait aller prendre des vacances dans son monde à lui et arrêter de venir nous casser les couilles, on ne s'en porterait pas plus mal.

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Mardi 31 mars 2009

Le raz-de-marée des possibles

Pour ce que j'en sais, les choses étaient plus simples avant.
Plus simples parce que plus limitées. On ne quittait pas son village. On épousait un voisin ou une voisine. On avait des enfants. On les élevait pour reprendre la succession. Repeat.
Je ne dis pas que les gens "n'habitaient" pas leur existence. Certes, leurs vies étaient pleines, pleines d'eux et de leurs choix.
Seulement, ils avaient moins de choix.
Je crois qu'en fait, les choix, étant plus restreints, avaient un enjeu plus lourd, plus significatif.
On pouvait croire au positivisme, je pense : Savoir pour pouvoir, pouvoir pour agir...
Oui, on pouvait gagner de la liberté de choix par le savoir. Ascension culturelle, ascension sociale.
Science, progrès, machin tout ça...

Et puis, quelques révolutions plus tard, nous voilà maintenant. Aujourd'hui.
Plus besoin de savoir, ou si peu. Parce que la technologie sait pour nous.
Nous sommes des nains sur les épaules de géants.
Pour l'essentiel d'entre nous (et quand je dis nous, je dis "les gens comme moi, jeunes européens pas à plaindre, qui vivent bien loin des logiques de survie et qui n'ont rien à foutre qu'à surfer sur des blogs à la con, bande de glandeurs!"), nous n'avons pas besoin de savoir grand chose pour voir tous les possibles s'ouvrir devant nous.
Enfin... quand je dis tous les possibles... Je dis tout ceux que la société s'accorde à nous laisser... Sans doute pas les choix les plus importants. Mais largement de quoi nous occuper pendant une vie ou deux.
Culture, connaissances, voyages, rencontres... On n'épuisera jamais tout ce qui s'offre à nous.
Et dès qu'on pose le pied quelque part, crash, il y a une nouvelle vague qui arrive pour nous emporter dans l'océan des possibles.
Car si tout est possible, on n'atteint jamais le maximum, l'optimum. Il y a toujours un possible "meilleur" à rechercher.
Bon, j'ai déjà expliqué ce que je pensais de cette accumulation. Ce qui m'intéresse plus maintenant, c'est de parler de la différence entre "le possible" et "le souhaitable".
J'ai l'impression confuse qu'aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de possibles à conquérir. Aucun intérêt pour "nous" (cf définition précédente) de "savoir pour pouvoir". On sait suffisamment, et ce qu'on ne sait pas, on peut le trouver sans trop de difficulté. Et on peut suffisamment.
Le problème, maintenant, est plus de savoir brider son ambition. De se fixer "un objectif acceptable". De se dire que les possibles ne sont pas tous interchangeable. Qu'il n'est pas utile de tous les essayer, de tous les cumuler, de tous les étudier.

On est brusquement passé (enfin brusquement, j'exagère) de la situation d'un homme qui n'aurait qu'un livre à celui qui aurait tous les livres du monde et même plus.
L'homme qui n'a qu'un livre et un seul pour toute son existence, un livre qu'il lirait relirait, adorerait chérirait connaîtrait par coeur dans la moindre ligne, le moindre symbole. Il en imagine le moindre prolongement, en explore le moindre recoin. Ce livre devient une part centrale de sa vie.
L'homme qui a tous les livres du monde ne sait jamais quoi lire. Il les confond tous et ne les lit qu'à moitié pour en lire plus. Aucun n'a de vraie importance à ses yeux.
Bon, je schématise. On ne vit jamais à un extrême ou à l'autre. Quelque part entre les deux.
Mais globalement, je reste assez persuadé que c'est la contrainte, l'obstacle, "le non-possible" qui donne de la valeur aux choses.

Alors bon... je vais pas prêcher pour la suppression d'internet, pour la mise en place de barrières ou d'obstacles inutiles. Je dis juste que si on ne se fixe pas à soi-même des limites, on se noit dans l'océan des possibles.
Se fixer des règles, des principes, pour mieux apprécier ce qu'on a. S'engager pour aller plus loin. C'est un peu la théorie du commitment , comme quand on prend un abonnement pour ne pas avoir à refaire l'acte d'achat à chaque fois. On prend une décision "à l'avance", "en théorie", pour résoudre tous les problèmes pratiques futurs...

Moi je suis comme ça. C'est ce que j'appelle la fidélité à moi-même. C'est comme la fidélité dans le couple : une règle qu'on choisit de se fixer (ou pas) et qu'on s'engage à respecter.
Jusqu'au jour où...
Parce que oui, la fidélité, moi, je crois pas que ça soit "à la vie à la mort et tout et tout"... Le "moi en pratique" trahit toujour le "moi en théorie". Tôt ou tard.
Pour moi, la fidélité, c'est un pacte "renégociable". Quand je trahis mes propres règles, mes principes (et ça arrive), c'est signe qu'il est temps de redéfinir qui je suis. Redéfinir mes limites, mes bornes. Ce n'est pas une compromission, un renoncement. C'est une réévaluation. Une petite révolution parfois, une simple évolution d'autres fois... On change. Le modèle qu'on fait de soi change aussi. On s'adapte. C'est normal. (et pareil, je crois, dans une relation : on est fidèle jusqu'au moment où... et là il faut se remettre un peu en cause).

Attention, je ne dis pas que la fidélité est inutile (ou dépassée). Je ne dis pas que l'engagement ne sert à rien. Je dis que les infidélités sont inévitables. Elles nous définissent (nous redéfinissent) au moins autant que les règles et principes qu'on s'est choisis. L'histoire qu'on vit, c'est l'histoire de nos infidélités bien plus que celle de notre fidélité... (il y a plus à dire sur les péripéties que sur la continuité)

Cela dit, pour pouvoir avancer à coup d'infidélités, à coup de correction de principes, il faut déjà s'être restreint, s'être choisi. S'être dit : "Ceci est moi, mais cela, non."
Je crois au pouvoir de la servitude volontaire, des limites librement consenties, des bornes qu'on se fixe pour le plaisir, des règles qu'on a choisies comme ça... C'est la seule digue que je connaisse qui me permette de tenir, dans mon petit domaine, face au tsunami des possibles qui déferlent sur ma vie.

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Mardi 31 mars 2009

More trials

Voilà une journée que je suis content de finir.
Boulot bof : j'ai vaguement révisé et patienté, genre calme avant la tempête.
Puis finalement, l'examen écrit de chinois. 2 heures intensives. Pleins de questions que j'ai pas comprises.
Résultats la semaine prochaine, avec l'épreuve orale. De retour à la maison, naze, je feuillette Chuck Palahniuk sans vraiment lire, la honte, un vrai zombi.
J'ai la tête pleine de sinogrammes improbables. Je dors debout.
Je me demande confusément dans quel but je m'impose ce genre de truc...
Là, pour le coup, la fatigue nerveuse que j'éprouve n'est plus du tout celle qui me porte et me pousse à écrire, jouer, ou lire, sans jamais dormir. Je me sens incapable de me projeter, incapable de vouloir.
Une loque.
Ca ira mieux demain. Ou pas.

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