Absolue étrangeté : là Titi appelle sa BFF Jen à plus de sérénité et menace de ne plus adresser la parole à JB s'il continue à draguer Miss Lolo. Ici, c'est F. de l'assoce FnRSuP qui s'extasie (ou
s'indigne) devant un truc insupportable (ou génial) arrivé ce week-end.
Partout, les gens ont des trucs énormes à partager.
Bien sûr, oui, on y comprend rien.
On devine vaguement, à peine, que cela a un sens. Que cela compte pour quelqu'un, quelque part.
L'avalanche d'information, ce fracas virtuel, n'émeut plus grand monde au final.
Too much information? Ben c'est surtout "
not enough attention".
On a bien autre chose à faire que filtrer tout ça.
Il y a quelques années, encore, on pouvait browser l'essentiel de ce qui nous touchait. Mais maintenant... j'ai comme cette sensation qu'on est passé de l'âge d'or des encyclopédistes, ces savants
qui pensaient pouvoir rassembler TOUT le savoir humain, au siècle touffu des experts, où chacun gère au mieux, marketing compris, son domaine réservé, partageant assez pour susciter l'intérêt, mais
pas trop pour ne pas être détrôné.
Que vaut le savoir de nos jours? Que vaut le secret?
On lance son intimité au visage d'inconnus tout en revendiquant l'anonymat d'une foule virtuelle. Unique et pourtant fondu dans la masse.
Au final, c'est sans doute la question de l'identité qui revient cruellement quand, en temps de crise, on doit moins s'étendre, moins s'étourdir en distractions, et plus revenir vers soi, plus se
demander ce qui compte.
Qui est-on aujourd'hui?
Qui est ce voisin résolument moderne et écolo, mais qui jette ses mégôts par la fenêtre et qui pousse son home cinéma à fond quand ça lui chante? Est-il un altruiste soucieux du bien-être de la
planète ou un sale connard d'égoïste qui place son propre plaisir avant tout?
L'individualisme, hélas, n'est pas une identité. Il semble aujourd'hui quasi admis que l'intérêt collectif ne peut se définir que comme la somme des intérêts communs, sans alternative sous peine de
voir briser toute coalition par le biais de déviation profitables à certains (de mon point de vue, je dirai que les déviations sont déjà là, il suffit de regarder ce que les plus riches et plus
puissants arrivent à tirer du jeu... mais c'est une autre histoire).
Donc l'individualisme est plutôt, à mon avis, un renoncement de l'éthique, une paresse de la vision. Une évidence que l'égoisme moderne est absolu, comme la gravité. Cette loi de la physique,
pourtant, devrait nous lier si on poursuit la logique. L'individualisme nous pousse à être ensemble non pas au service d'un intérêt supérieur, mais au service de nos propres petits intérêts. Et en
cercles concentriques, en communautés d'intérêts plus ou moins rapprochés, on se réunit pour mieux profiter de tout cela. La société n'offrirait rien de plus.
Pas d'identité autre que la pelure d'oignon des intérêts cumulés.
Mais quoi... ces cercles concentriques de communautés d'intérêts ne suffisent pas à former une identité. Quand bien même on pourrait totalement calculer la "fonction d'utilité" d'une personne, on
n'aurait pas tout saisi d'elle. Le modèle, en quelque sorte, tombe à plat.
On avait pourtant espéré, il me semble, prévoir toutes les dimensions de l'humain.
Mais on a perdu un je ne sais quoi. Un truc qui vibre et gratte.
Et sur les blogs, Titi continue à égréner la liste de ses doléances pendant que F. continue à essayer d'attirer l'attention pour fédérer quelques personnes autour d'une cause.
Et c'est ainsi que les jours passent.